Histoire de l’église de Rechèvres


En 2013, dans le cadre des cérémonies commémorant le 50e anniversaire du transfert de la sépulture de Franz Stock à Chartres, le Centre international Franz Stock a réalisé une exposition sur l’histoire de l’église Saint-Jean-Baptiste de Rechèvres avec l’équipe de documentation de la paroisse composée de Madame Michèle Bachellier, Madame Bernadette Tuvache et Monsieur Christian Tuvache.
Les panneaux téléchargeables ici sont exposés en permanence dans une salle annexe de l’église.

CRÉATION DE LA NOUVELLE PAROISSE SAINT-JEAN-BAPTISTE DE RECHÈVRES

Télécharger le panneau de l’exposition CIFS-1-1951 Création de la nouvelle paroisse Saint-Jean-Baptiste de Rechèvres

 

2 octobre 1950 – Acquisition des terrains

Constatant la nécessité d’ériger une nouvelle paroisse dans le quartier de Rechèvres, en pleine expansion démographique, l’association diocésaine, après délibération du conseil municipal de la Ville de Chartres, fait l’acquisition de terrains situés sur le plateau de Rechèvres, en vue de l’implantation d’une église et de ses annexes, en cédant en échange un terrain, situé avenue d’Aligre, à Chartres.

 

15 mars 1951 – Création de la nouvelle paroisse

Le 15 mars 1951, l’évêque de Chartres, Monseigneur Harscouët, signe l’ordonnance épiscopale érigeant la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Rechèvres.
Elle regroupera les paroissiens de la cathédrale résidant à Rechèvres et ceux à proximité de la paroisse de Lèves, et sera installée dans une église provisoire.
Il s’agissait de la première paroisse nouvellement créée depuis 1822, dans le diocèse de Chartres.
« L’histoire, comme les voyages, nous ont appris qu’il n’y avait de vie commune et de sentiments fraternels qu’autour d’un clocher.(…) oeuvre collective, cette création d’une église à Rechèvres, prévue par le ministère de la Reconstruction, acceptée et facilitée par le Conseil municipal, réalisée par la haute autorité de notre Évêque, doit être un bienfait pour notre cité et, tout près de notre merveilleuse cathédrale, une réplique à l’oeuvre de foi qui lui donna la vie.»

 

Les Pères Maristes

 

Télécharger le panneau de l’exposition CIFS-2-Le père René Closset

La cure a été confiée à la Société de Marie, connue sous le nom de Pères Maristes, dont la congrégation était établie à Chartres depuis le XIXe siècle, près de l’église Sainte-Foy. Le premier curé nommé fut le père Rabel (ordonné en 1903), son vicaire le père René Closset (né le 11 février 1920, en Lorraine), qui deviendra curé à son tour en 1956.

 

L’église provisoire

 

Télécharger le panneau de l’exposition CIFS-3-L’église provisoire de la nouvelle paroisse Saint-Jean-Baptiste

La nouvelle paroisse Saint-Jean-Baptiste de Rechèvres n’avait pas encore d’église ni de presbytère. Au cours d’une randonnée à bicyclette dans les environs de Chartres, le père René Closset aperçut un jour une chapelle-baraquement en bois, surmontée d’un clocheton et d’une croix, sur le terrain militaire de l’ancien camp de prisonniers au Coudray.

Il apprendra qu’elle appartenait à l’armée et qu’elle avait servi de lieu de culte dans ce camp, où avaient été enfermés, après la guerre, plus de 38 500 prisonniers allemands.

Ainsi, René Closset découvrira l’histoire exceptionnelle du séminaire des Barbelés et de son directeur, le prêtre allemand Franz Stock.

Trois ans auparavant, alors que tous les baraquements du camp avaient déjà été démolis, le commandant de la garnison de Chartres avait respectueusement épargné la chapelle, qu’il cédera de bonne volonté au curé de Rechèvres.

Aidé de plusieurs paroissiens, le père René Closset démontera cette chapelle en bois qui sera transportée, pièce par pièce, entre janvier et avril 1951, d’abord sur sa bicyclette, puis sur un vélomoteur, et, à la fin, dans une petite voiture, vers le plateau de Rechèvres.

L’église, consacrée le 1er avril 1951, qui ne pouvait contenir que deux cents fidèles, s’avéra bientôt trop petite, le quartier, en plein essor démographique, comptant déjà, à l’époque, près de 4000 habitants.

 

 

L’église de la Paix

 

Télécharger le panneau de l’exposition CIFS-7-L’Église Saint-Jean-Baptiste – L’église de la paix

Le projet de construction d’une nouvelle église aboutira cinq ans plus tard. Le plan retenu par le jury, présidé le 6 février 1959 par l’évêque de Chartres, Monseigneur Roger Michon, successeur de Monseigneur Harscouët, était celui d’un architecte de Chartres, Jean Rédréau.

La construction voulait s’inscrire dans la modernité du quartier. Une coupole en structure tubulaire innovante lui a valu de figurer dans de nombreuses revues
d’architecture. C’est l’ingénieur Du Château qui réalisa la voûte métallique, telle que l’avait dessinée Jean Rédréau. Le maître verrier chartrain Max Ingrand, ami de Jean Rédréau, et qui avait passé sa jeunesse rue de Rechèvres, proposa d’offrir son travail, si la création des vitraux lui était confiée.

Le jury donna d’autant plus facilement son accord que la contribution artistique, rejoignant les conceptions modernistes de l’architecte, consistait à habiller par
des rubans de lumière colorée la pierre de Berchères utilisée dans la construction du sanctuaire.

 

Les Chartrenser

 

Télécharger le panneau de l’exposition CIFS-6-Les Chartrenser et le lien avec l’Allemagne

En 1959, un groupe d’anciens prisonniers de guerre allemands, réunis à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, sous l’égide de l’abbé Franz Stock, dans le séminaire des Barbelés,  proposait à ses anciens camarades de captivité un pèlerinage à Rome. Une centaine d’anciens séminaristes de Franz Stock répondirent à l’appel.

Le chanoine André, secrétaire personnel de Mgr Harscouët, évêque de Chartres, qui avait aidé l’abbé Franz Stock dans sa tâche spirituelle durant les deux années où celui-ci dirigea le séminaire des Barbelés, fut de la partie.

C’est au cours du voyage qu’il informa les prêtres allemands que leur ancienne chapelle-baraquement du camp des prisonniers, avait trouvé une nouvelle destination : elle était devenue église paroissiale provisoire dans la ville de Chartres. Aussitôt s’imposa l’idée d’apporter une aide tangible aux bâtisseurs de la future église en pierre.

À trois reprises, le pape Jean XXIII, l’ancien cardinal Roncalli qui avait visité le camp du Coudray, suggéra de resserrer, au sein d’une association, les liens entre tous les anciens étudiants du séminaire de Chartres – et pas seulement ceux qui étaient devenus effectivement prêtres . Il proposa comme nouveau président de cette association l’abbé Joseph Lechner, curé de Dachau, qui avait organisé le voyage. Le pape accepta la présidence d’honneur que lui offrit le chanoine André, à condition que cette fonction ne fût pas purement honorifique, mais qu’on le tînt au courant des activités.

L’association des anciens prisonniers de guerre du séminaire des Barbelés prit le nom de Chartrenser, « Ceux de Chartres ». Elle informa le pape de son projet d’aider la paroisse naissante de Rechèvres. Approuvant ce geste et l’encourageant, le souverain pontife offrit le calice et le ciboire que les Chartrenser lui avaient apportés en cadeau au Vatican.

L’église de Rechèvres fut consacrée le 21 septembre 1961 en présence d’une soixantaine d’anciens séminaristes de Franz Stock.

L’église allait devenir progressivement un sanctuaire de la réconciliation. Les 600 prêtres que Franz Stock avait formés dans le séminaire des Barbelés, au Coudray, dans l’ancien camp de prisonniers de guerre, entre 1945 et 1947, l’avaient adoptée comme leur église, parce que cette jeune paroisse de Chartres avait été dotée d’abord, comme lieu de culte, de leur ancienne chapelle-baraque.

baptistèreLes Chartrenser offriront à la paroisse le maître-autel, dessiné par Jean Rédréau, et la cuve baptismale, en pierre de Berchères.

 

 

 

Le tabernacle en bronze, avec deux chandeliers, sur l’autel du Saint Sacrement,  les chandeliers en bronze et dalle de verre ainsi qu’une croix en bronze émaillé, également offerts par les Chartrenser, ont été réalisé par Eva Moskopf-Horst, l’épouse d’un ancien prisonnier du camp du Coudray.

autel-saint-sacrement-detailautel-chandeliers

Le maître-autel est soutenu par une pierre de Berchères brute, dans laquelle a été gravée l’inscription allemande suivante :

« Les anciens séminaristes allemands, derrière les barbelés du camp de prisonniers de guerre de Chartres, 1945-1947, ont fait don de cet autel, marque de leur reconnaissance, de leur fidélité et aussi en signe de paix chrétienne. 24 septembre 1961 »

Le père René Closset était entré en contact avec les prêtres allemands, anciens prisonniers de guerre, de 1945 à 1947, au séminaire des Barbelés, au Coudray, et qui s’étaient réunis, à l’issue de la guerre, sous le vocable des Chartrenser, « Ceux de Chartres ».
René Closset, d’origine lorraine, écrit dans la préface de son livre Franz Stock – L’Aumônier de l’Enfer, qui devait faire connaître Franz Stock à un public plus vaste :
« Ces initiatives et les gestes d’amitié qui les accompagnaient commencèrent à ébranler en moi bien des idées reçues. (…) Regarder autrement que je ne l’avais fait, non seulement les Allemands, mais tous mes frères humains : c’est ainsi que je découvris (…) toute la profondeur du message d’amour du Christ dont Franz Stock avait vécu (…).  Franz Stock m’avait véritablement converti. »

Dès lors le père René Closset eut à cœur de faire de son église un lieu de fraternité et de réconciliation, en ramenant à Chartres la dépouille mortelle de Franz Stock, l’ancien aumônier des prisons de Paris, mort le 24 février 1948 à Paris et inhumé à Thiais, dont il avait appris la vie et le dévouement au profit des anciens résistants français et des anciens prisonniers de guerre allemands.

Sur son instigation, un comité « Franz Stock » fut créé, réunissant des représentants de tous ceux qui avaient bénéficié autrefois de son sacerdoce ou avaient été ses collaborateurs : un compagnon de Saint-François, un membre de la paroisse allemande de Paris, un ancien de Fresnes, un prêtre allemand, ancien séminariste de Franz Stock, un collaborateur de l’abbé Stock à Chartres (le chanoine André), la sœur de l’abbé Le Meur, mais aussi des nouveaux venus : les pères Maristes.

Pour tous, il s’agissait de rendre hommage à Franz Stock en sa qualité de prêtre qui avait consacré sa vie à faire rayonner dans notre monde la Paix du Christ.
L’âme de l’abbé Stock, éprise de paix et de fraternité entre les peuples, sembla habiter cette église dès le jour de sa consécration, le 24 septembre 1961.

 

15 Juin 1963 – La sépulture de Franz Stock est transférée à Chartres

Télécharger le panneau de l’exposition CIFS-8-Exposition Rechevres-La sépulture de Franz Stock est transférée à Chartres

L’exhumation des restes de l’abbé Stock eut lieu au cimetière de Thiais le jeudi 13 juin 1963, en présence des membres du Comité Franz Stock et de nombreux représentants de divers mouvements de la Résistance. Les ossements furent déposés dans un nouveau cercueil, l’ancien restant en terre.

Le monument funéraire, offert par les familles des anciens prisonniers et fusillés français, reconnaissantes, avait déjà été enlevé et transporté à Chartres.
Une nouvelle pierre tombale rappelle actuellement dans le cimetière de Thiais que l’abbé Stock y a reposé durant douze ans.

Le samedi 15 juin à 18 heures, le fourgon mortuaire s’arrêtait devant l’église de Rechèvres.

La première cérémonie officielle, une veillée de prière, était prévue à 21 heures, mais dès l’arrivée du corps à 18 heures, le programme se trouva modifié. Une telle foule se pressait aux portes de l’église qu’il fallut improviser prières et chants, en français et en allemand, pendant que prêtres et prélats, personnalités diverses et nombreux fidèles, jeunes et adultes, défi laient devant le cercueil déposé à l’entrée du choeur de l’église, sur un catafalque drapé de velours violet.
Dès lors, le défilé des groupes les plus divers continua sans interruption jusqu’à l’heure de la veillée, présidée par l’évêque de Chartres et l’évêque de Spire, délégué de l’Épiscopat allemand.
Après cette longue veillée de prière, ininterrompue depuis la veille, dans la matinée du 16 juin, une foule de plus de deux mille personnes se pressait aux
abords de l’église.

Au cours de la messe, l’évêque de Chartres lut un télégramme qui était arrivé de Rome. Il émanait du pape Jean XXIII :

« Sa Sainteté, gardant édifiant souvenir abbé Stock, invoque grand cœur tous participants cérémonie translation dépouille mortelle valeureux aumônier, gages abondantes grâces, paternelle bénédiction apostolique ».
Le cercueil de l’abbé Stock fut ensuite porté vers la chapelle dédiée à Notre-Dame de la Paix, où la tombe avait été préparée. Il resta exposé jusqu’au soir. Durant l’après-midi entière, l’église ne désemplit pas. Le soir, en présence des siens et de ses amis les plus proches, l’inhumation définitive eut lieu dans le caveau qui avait été préparé près de l’autel de la Vierge.

Franz Stock était de retour à Chartres.
Le 15 juin 1963 était ratifié le traité de Paris pour l’amitié franco-allemande. Français et Allemands étaient unis au coude à coude dans une commune admiration pour ce prêtre, ce médiateur entre deux peuples.

 

120405-50-ans-Logo-E-mail-2